Tag(s): Etats-Unis, USA 2008

McCain: un Rino à la Maison Blanche?

16/02/2008 |

Flickr

Le match Obama/Clinton pour l’investiture démocrate aux élections présidentielles américaines focalise toute l’attention. Chacun attend de voir si le "conte de fée" Obama va se réaliser.

Pourtant, la quasi-nomination de John McCain dans le camp républicain mérite qu’on s’y arrête. En effet, le Sénateur de l’Arizona n’est pas un Républicain comme les autres. Il a longtemps été considéré par la droite républicaine comme un RINO. Non, pas un rhinocéros. Un Republican in name only (un faux républicain, un républicain de nom uniquement). "R.I.N.O.": L’insulte suprême réservée à ceux qui ne montrent pas suffisamment de zèle sur les questions de société: avortement, immigration, mariage homosexuel,… Et John McCain, sur ces sujets-là, n’est pas jugé suffisamment conservateur par la base de son propre parti.

Si l’on en croit le journal "The Hill" (article du 28 mars 2007), John McCain aurait même songé à quitter le GOP ("Grand Old Party") en 2001.

Il faut dire que l’année 2000 avait été particulièrement dure pour McCain. Candidat à l’investiture de son parti pour les élections présidentielles, il avait dû faire face à George W. Bush et à son équipe de campagne. Le fameux Karl Rove, l’âme damnée de George W. Bush avait alors tout fait pour discréditer le Sénateur de l’Arizona, ancien prisonnier de guerre au Vietnam (six ans quand même!) et, de ce fait, quasi-héros national. Les attaques furent basses: on accusa la femme de McCain d’être une droguée et sa fille adoptive (originaire du Bengladesh) d’être la fille d’une prostituée noire. De la politique de caniveau. Mais qui a tout de même permis à petit Bush de représenter le Parti Républicain pour affronter Al Gore et remporter d’une manière tout aussi élégante la Présidentielle de 2000…

Pour vous donner une idée de l’amour que portent certains Républicains à leur (vraisemblable) futur candidat, je vous encourage à surfer quelques minutes sur le forum conservateur GOPUSA, où l’on trouve notamment des interventions comme celle-ci:

"I think that if McCain is the nominee we should all vote for Hillary. After all that will be the end of the good Republican Party. And Hillary hasn’t betrayed the ideals of the Republican party or the American people like McCain has." (Je pense que si McCain est notre candidat, nous devrions voter pour Hillary. Après tout, ce serait la fin du bon vieux Parti Républicain. Et Hillary n’a pas trahi les idéaux du Parti Républicain et du peuple américain comme McCain l’a fait). Janvier 2008.

La nomination de John McCain représente déjà une rupture avec les années Bush.

En effet, non seulement McCain n’a aucune raison d’aimer Bush suite aux primaires de 2000. Mais il est fondamentalement en désaccord avec les faucons de la Maison Blanche. McCain a même longtemps été, à mon humble avis, le meilleur opposant de George W. Bush.

Ca m’a marqué à mon arrivée aux Etats-Unis, il y a près de trois ans: les Démocrates étaient inaudibles. Empêtrés dans leurs contradictions sur la guerre en Irak (comment critiquer une intervention armée que l’on a approuvée?). Le seul qui osait critiquer l’administration Bush à cette époque était John McCain. 

Droit dans ses bottes à critiquer le recours à la torture, les enlèvements secrets, les traitements infligés aux prisonniers de guerre en Afghanistan et en Irak ou encore l’illégalité du centre de Guantanamo.

Même si Mitt Romney ou George Bush père ont désormais annoncé leur soutien à McCain, ils ne l’ont pas fait de gaité de coeur. Ils n’avaient plus le choix. Car, pour eux, c’est le pire candidat. Quoi qu’en disent désormais les Démocrates ("McCain candidat: un troisième mandat pour Bush"), l’arrivée de McCain à la Maison Blanche se traduirait sans doute par un vaste coup de balai dans l’administration précédente, et notamment chez les néo-conservateurs.

"Mais McCain est favorable à la guerre en Irak", me direz-vous! C’est vrai.

"Les sénateurs Obama et Clinton veulent tous les deux fixer une date de retrait. C’est synonyme de chaos. C’est synonyme de génocide." McCain - 13 février 2008. AFP

Mais finalement, entre McCain qui dit que les Etats-Unis ne peuvent pas quitter l’Irak parce qu’il faut d’abord "finir le boulot" (remettre l’Irak sur pied, sécuriser la région) et Obama qui annonce qu’il faut absolument retirer les troupes d’Irak, mais que cela prendra un peu de temps (16 mois), y a t’il véritablement opposition?

Le problème de McCain désormais, c’est paradoxalement qu’il va être officiellement le candidat républicain et que son parti va vite devenir encombrant. Il ne pourra plus se comporter en franc-tireur et devra composer. Il devra en permanence donner garanties à la frange la plus conservatrice de son propre électorat.

Ainsi, dimanche dernier, George W. Bush a certes qualifié John McCain de "vrai conservateur" (de sa part, c’est évidemment un compliment!) mais il lui a aussi demandé faire plus en direction de l’aile dure du parti… 

Le Sénateur de l’Arizona devra sans doute également constituer un ticket avec un représentant de la droite du parti, un Huckabee ou (pire selon moi) avec un Romney. Le choix du vice-président n’est quand même pas anodin pour un candidat âgé de 72 ans!

Tout ceci contribuera à brouiller son image de modéré dans l’opinion publique et viendra confirmer les critiques des démocrates qui auront tout intérêt à le faire passer pour un héritier des années Bush.

S’il parvient à éviter ce piège, McCain a de grandes chances d’être le 44ème Président des Etats-Unis. Face à Hillary Clinton, il a l’avantage de la popularité. Face à Barack Obama, il pourra jouer la carte de l’expérience. Contrairement à ce que je peux lire ici ou là, les jeux me semblent loin d’être faits. La campagne à venir va être longue.

Photo: jdlasica sur Flickr



2 Commentaires »

  1. Gravatar Image

    Ecrit le 19/02/2008 @ 5:11 par ArnaudH:

    Très bonne analyse! A méditer… je ne sais pas si McCain acceptera de composer avec un Huckabee (He could die!)… à suivre (oui, à 72 ans, le VP a toute son importance… et on va découvrir à quel point c’est ou ce n’est pas un “maverick”). Autre risque s’il va trop vers la droite, l’apparition d’un troisième candidat au centre (Bloomberg)et ce serait de nouveau 1992!

    PS Pourquoi Mitt Romney serait pire à ton avis que Huckabee?

  2. Gravatar Image

    Ecrit le 19/02/2008 @ 10:31 par avelmor:

    Ah, le fameux troisieme hommme! je prepare un billet sur le sujet.
    Ma vision, entre Huckabee et Romney:
    Huckabee VP: McCain fait des concessions a la droite chretienne (base de l’electorat republicain).
    Romney VP: McCain fait des concessions a la droite chretienne ET au clan Bush…

Votre commentaire

Ajoutez votre commentaire ci-dessous ou faites un trackback directement sur votre blog. RSS fil de commentaires.

Restez courtois, poli. Evitez de sortir du sujet. Pas de spam.

Code HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>



Contrôle anti-spam: merci de bien vouloir recopier le texte ci-dessus.