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Dans les prisons de Mbuji-Mayi

28/02/2008 |

Flickr

Mbuji-Mayi, Zaïre, 1995 

J’ai habité quelques mois à Mbuji-Mayi, en 1995, au coeur du Congo (Zaïre). J’étais alors volontaire pour une ONG et travaillais avec les "refoulés du Shaba" (des réfugiés internes, fuyant les violences au  Katanga pour rejoindre leur région d’origine, le Kasaï).

J’y avais rencontré un jeune magistrat avec qui j’avais sympathisé. Nous avons ainsi plusieurs fois refait le monde, ou, en tout cas, le Zaïre, tout en buvant quelques "Skol".
Au cours d’une de ces discussions, il m’avait expliqué la situation catastophique de la prison: surpopulation, violences, aucune (absolument aucune) installation sanitaire, maladies.
Les familles des prisonniers devaient apporter de la nourriture à leurs proches incarcérés. Ceux qui n’avaient pas de famille n’avaient rien pour survivre. Ou alors devaient faire les gros bras pour s’approprier la pitance de leurs compagnons d’infortune.
Il ne leur fallait pas uniquement payer les repas du prisonnier… mais aussi le droit de leur apporter les repas.

Mon ami, le jeune magistrat, un peu idéaliste je dois dire, n’avait pas été payé depuis plusieurs mois. De toutes façons, son salaire (n’ayant jamais été réévalué malgré une inflation galopante) ne représentait plus guère que quelques dizaines de dollars… Mais alors comment vivre et faire vivre une femme et un bébé dans ces conditions?

Une seule solution: la corruption. Il m’avoua accepter d’ordonner la libération de détenus incarcérés contre quelques billets… Comme tous ses collègues après tout. Mais comme cette situation le choquait profondément, il s’était fixé des règles. Ne jamais libérer quelqu’un de dangereux. Favoriser les plus démunis (même s’ils payaient moins). Et toujours faire en sorte que ceux qu’il pensait innocents soient libérés au plus vite.

Il ne vivait pas très bien. Sans doute moins bien que certains de ses collègues. Mais, finalement, il rendait la justice à sa manière. J’avais trouvé qu’il y avait un certain panache chez ce petit fonctionnaire corrompu…

 

Mbuji-Mayi, République Démocratique du Congo, 2008

Le pays a changé de nom. Mais rien n’a changé.
Trouvé sur le site de la MONUC (mission de l’ONU en RD Congo):

"La situation de la prison de Mbuji Mayi, dans la Province du Kasaï Oriental est devenue catastrophique (…) Depuis le début de cette année, 17 détenus, dont 10 condamnés et 7 prévenus, ont trouvé la mort dans cette institution pénitentiaire pour cause de malnutrition, de famine et d’absence de soins de santé (…)
Les conditions de détention à la prison de Mbuji Mayi sont toujours exécrables. La prison est surpeuplée. Elle est crasseuse, malodorante et expose les détenus à des maladies comme la gale, les poux et les chiques. Conçue pour recevoir une centaine de prisonniers, elle compte aujourd’hui une population pénitentiaire de 397 personnes dont 386 hommes et 11 femmes.MONUC/21 février 2008

Lire également:

–> Congo: le viol d’une Nation
–> Baloji: un cri pour le Congo 

Photo: Julien Harneis sur Flickr (prison de Bunia, RD Congo)



3 Commentaires »

  1. Gravatar Image

    Ecrit le 28/02/2008 @ 14:42 par ArnaudH:

    Dramatique (j’ai aussi vu ce genre d’institutions au Congo-Brazzaville, mais pas délaissées à ce point…) Merci pour ce billet si plein de compréhension pour la vie quotidienne des congolais et de l’inévitabilité de la corruption dans ces circonstances.

  2. Gravatar Image

    Ecrit le 02/03/2008 @ 18:13 par Alcibiade:

    Merci et même commentaire qu’Arnaud.

    ah, désolé…

    Désolé, on vous a taggué !

    http://lafrancedetoutesnosforces.hautetfort.com/archive/2008/03/02/dimanche-ludique-enfin-presque.html

    Cordialement

  3. Gravatar Image

    Ecrit le 04/03/2008 @ 18:20 par avelmor:

    Salut Arnaud et merci. Effectivement, je pense qu’au Congo-Brazzaville, la situation ne doit pas être extraordinaire non plus.

    Alcibiade: merci de votre visite! Chouette, je suis tagué! ;-)

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