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France: 36000 communes. Et alors?

"La France compte 36000 communes. Quelle horreur! Fusinonnez moi tout ça!"
Combien de fois n’ai je pas entendu cette phrase. Lancée comme une évidence. Apparemment si pleine de bon sens.
Décidément, le jacobinisme technocratique a encore de beaux jours devant lui…
Héritières des paroisses de l’ancien régime, les communes françaises constituent depuis 1789 le premier échelon administratif du pays. Celui où la démocratie est la plus proche des citoyens. La plus proche, la plus vivante sans-doute également.
En fait, 80% de des 36000 communes françaises ont moins de 2500 habitants. Et quand on parle de réduire le nombre des communes à 10000, ce sont ces petites communes rurales qui sont les premières visées.
Elles ont a priori tout intérêt à fusionner et, pourtant, elles ne le font guère (pire, quand elles fusionnent, bien souvent, elles "défusionnent" dans les années suivantes). Pourquoi? Parce qu’elles n’en ressentent pas le besoin. Elles ont une identité qu’elles veulent préserver. On peut décrier cet "esprit de clocher". On pourrait aussi respecter les libertés locales.
Quant ces petites communes n’ont pas les moyens de mettre en place les services qu’elles jugent nécessaires, elles s’associent. Elles ont à leur disposition toute une panoplie de structures inter-communales. C’est certes un peu bordélique mais ça fonctionne.
Le maire y joue souvent un rôle essentiel. Il remplit bien entendu toutes les charges de sa fonction. Mais il fait bien plus. Il est le représentant de l’Etat le plus proche de ses concitoyens. Rôle essentiel auprès d’une population souvent vieillissante. Il joue alors un rôle de conseil pour guider ses administrés dans les méandres de l’administration.
Et puis, il connaît bien sa commune et ses habitants: il joue souvent un rôle social, s’inquiétant par exemple de ne pas avoir vu telle ou telle grand-mère depuis quelques jours… et allant lui rendre une petite visite pour s’assurer que tout va bien.
Et puis, bien souvent, le maire rural est le dernier rempart contre la désertification. Lorsqu’on veut fermer le bureau de poste, il râle, il pétiotionne, il rameute la presse locale. Si on le ferme, il s’assure que le bistrot de village fera office de "point poste". Si on menace de supprimer une classe dans l’école communale, il crée un petit lotissement et cherche à attirer des couples jeunes… avec enfants. Si la dernière épicerie ferme, il tente d’attirer un repreneur en lui offrant un loyer à un prix imbattable…
Il ne faut pas négliger l’impact de ces micros stratégies au service du développement local. Avec deux bouts de bois et trois bouts de ficelles, nos maires ruraux font souvent des miracles!
Fusionner les communes rurales, c’est aussi remettre en cause le fonctionnement de ces zones rurales, parfois isolées, souvent désertées par les administrations publiques.
"Mais tout cela doit coûter bien cher! Créer des super-communes permettrait de faire des économies d’échelle…"
Là, je rigole! Bien au contraire. Toutes ces tâches "annexes" effectuées quasi-bénévolement par les élus locaux devraient être assurées par des services administratifs plus lointains. Et il y a fort à parier que cela aboutirait au contraire à une augmentation du nombre de fonctionnaires territoriaux.
Ce qui coûte cher, ce n’est pas le découpage administratif des collectivités territoriales, c’est l’enchevêtrement des compétences, les financements croisés. Pour monter un projet local, le maire d’une commune rurale doit s’adresser à tous les échelons administratifs supérieurs (département, région, divers services de l’Etat) pour boucler son budget.
Que l’on commence par redéfinir clairement les compétences de chacune de nos collectivités territoriales donc.
Voila, c’était mon petit coup de gueule à l’approche des élections municipales. Coup de gueule en forme d’hommage à nos élus locaux dont le dévouement est si rarement souligné.
Premier billet d’une série sur la décentralisation et les collectivités locales aussi.






