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Comment peut-on être Iranien?

18/02/2008 | 3 Commentaires

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J’aime me balader sur les sites des différentes fondations et think tanks disponibles sur le web. Ils sont une véritable mine d’information. Et on y découvre parfois des pépites.

Comme cette publication de la fondation pour l’innovation politique (think tank de "centre droit" parait-il): "Aller en Iran", signée de Jérôme Monod et Franck Debié.

Pépite? Pas vraiment pour la qualité des analyses et la rigueur de l’argumentation. Cette étude ne soutient en définitive aucune thèse et ne prétend pas délivrer la vérité sur l’Iran. C’est plutôt rare pour être souligné.

Non, il s’agit plutôt d’un carnet de voyage. D’une rencontre avec l’Iran de 2008. Nos deux compères, tels les Usbek et Rica des "Lettres Persannes" de Montesquieu nous racontent d’une manière finalement assez candide leur pérégrination en terre étrangère, leurs étonnements, leurs rencontres. Ce n’est certes pas une œuvre littéraire mais cette approche m’a semblée plus "humaine", plus chaleureuse, que les habituels rapports et études que nous délivrent habituellement ce genre de fondations politiques.

Et puis, la rencontre avec l’ancien Président Khatami (1997-2005) qui expose ses vues sur la mondialisation et la compréhension mutuelle des civilisations est assez extraordinaire. A la question: "D’où vient la violence dans le monde d’aujourd’hui?", Khatami répond:

"(la violence) vient des discriminations. Elles existent à tous les niveaux. Elles existent dans chaque société. Elles provoquent le ressentiment, la colère, et finalement la violence. Dans le monde, l’Orient se sent méprisé. Il a l’impression que les Occidentaux ne veulent pas qu’il se développe. Il a l’impression qu’on veut lui refuser d’être traité sur un pied d’égalité. D’où une réaction qui produit l’extrémisme. L’extrémisme engendre la violence. A la violence répond la violence. Violence et contre-violence produisent un manque de sécurité à l’échelle mondiale. Nous oublions que nous avons un Destin commun."

On est quand même bien moin des diatribes de Mahmoud Ahmadinejab. Comme quoi, le "choc des civilisations" n’est peut-être pas si inéluctable que certains voudraient nous le faire croire.

Pour aller plus loin:

–> le site de la Fondation pour l’Innovation Politique

–> l’étude "Aller en Iran" - Jérôme Monod et Franck Bedié - février 2008

–> et puis, une expo photo virtuelle de Time: Faces of Iran / Paolo Woods — juste parce que ça me fait plaisir. :-) Et que j’ai envie de partager ce plaisir…

 

 

Photo: kian1 sur Flickr



Tag(s): lectures, MoDem, Projet démocrate, Bayrou

Du centre au projet démocrate

07/01/2008 | Commenter »

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Dans un entretien à la revue "Commentaire" (Automne 2007), François Bayrou présente les fondations du projet démocrate. 

J’en reproduis ici quelques extraits:

Un projet de civilisation:

"… seul un projet de société et d’action politique différent dans ses fondamentaux du projet néo-conservateur et du projet socialiste peut répondre aux attentes de notre temps."  

"(ce) projet de société, j’irai même jusqu’à dire (ce) projet de civilisation, est irréductible aux deux projets qui, en France, tiennent aujourd’hui le haut du pavé."

A propos du "centre":

"il faut sortir de la seule désignation géographique, et nommer ce projet, non pas en référence à ses concurrents de droite et de gauche, mais lui donner son véritable nom, démocratie…"

Les quatre pilliers du projet démocrate:

"le projet démocrate repose sur une conception de la politique dans son rapport avec les citoyens, une conception de l’État dans son rapport à la société, une conception de la société et de sa hiérarchie des valeurs, une conception du monde dans son rapport à la politique."

Exigence civique:

"Le projet démocratique est d’abord un projet d’exigence civique. Il se fait du citoyen l’idée la plus haute et la plus exigeante."

"une politique de vérité, d’éducation civique générale, d’information et de formation, destinée à porter le citoyen au niveau d’un décideur."

"(la démocratie) ne peut s’imposer qu’au terme d’un combat, âpre, sans doute de longue durée, tant sont puissants les intérêts qui veulent le contrôle politique absolu de la société et paraissent irrésistibles les moyens de

gouverner l’opinion dont ils disposent."

"Pour protéger le citoyen de l’arbitraire, pour lui rendre à tout instant sa part de souveraineté, il faut le garantir contre un pouvoir forteresse, fermé sur lui-même, ne dépendant de rien d’autre que de la décision d’un seul, ou d’un seul groupe. Il faut que le pouvoir soit organisé de telle sorte qu’il protège aussi contre le pouvoir."

Séparation des pouvoirs:

"C’est si important aux yeux des fondateurs de notre démocratie qu’ils conditionnent à ce principe l’existence même d’une démocratie constitutionnelle."

"Le manquement de la France aux principes mêmes que ses plus grands penseurs ont contribué à définir est d’autant plus nocif que se font jour d’autres exigences de séparation des pouvoirs."

"ce n’est pas seulement d’accomplir la séparation des pouvoirs définie au XVIIIe siècle que nous avons besoin, mais d’en inventer une autre qui s’intéresse non seulement au politique en son sein mais aussi aux distinctions nécessaires entre le politique, l’économique et le médiatique."

"Il n’y aura pas de modernisation de la société s’il n’y a pas maturation des citoyens, débats ouverts, information libre et crédible. Il n’y aura pas crédibilité des gouvernants s’ils ne retrouvent pas la confiance des citoyens en étant obligés de leur dire la vérité."

L’Etat thaumaturge et la drogue centralisatrice:

La société française a un problème avec son État (…) La France s’est construite autour de son État. Et en retour elle a donné à son État des prérogatives, des compétences, des privilèges plus importants qu’aucun autre

pays non totalitaire au monde."

"Pour la France, l’État est un thaumaturge, pendant longtemps respecté et efficace, devenu impotent et débordé, mais qui prétend encore disposer de la magie de ses pouvoirs."

"ce recours universel à l’État est un frein considérable à l’équilibre d’une société."

"l’organisation uniforme et centralisée d’une société, dépendant d’un décideur unique, est en soi une erreur de conception."

"Le projet démocrate est porteur d’une redéfinition de l’État. Il choisit non pas de concentrer sur l’État la capacité d’action et la légitimité de la décision, mais au contraire de les répandre dans la société, d’y faire naître partout des organismes dotés de la capacité d’inventer, de créer, de faire naître de la solidarité, du lien, de l’innovation économique, sociale, démocratique. Il choisit chaque fois que nécessaire de donner à ces organismes vivants l’autonomie et la reconnaissance."

Les "biens supérieurs":

"ce qui a triomphé, à la surface de la planète, c’est non pas le libéralisme stricto sensu mais le principe d’inégalité croissante. L’inégalité croissante a été acceptée et choisie dans les décennies récentes, à partir du succès économique américain, comme moteur du développement des sociétés."

"ce principe heurte les valeurs fondamentales qui ont fait notre civilisation."

"dans une société où la reconnaissance ne va plus ni au soldat, ni au savant, ni au sage, ni au prêtre, ni au professeur, mais seulement à l’argent ou à sa variante le vedettariat, qu’il mène à l’argent ou qu’il provienne de l’argent, la vocation d’intérêt général, en dehors d’âmes d’élite souvent esseulée

s, se trouve vite asséchée."

"dans la hiérarchie des valeurs démocratiques, les valeurs matérielles sont considérées comme nécessaires, mais les valeurs naturelles, intellectuelles, culturelles, morales, spirituelles doivent être considérées comme supérieures : cette distinction et cette hiérarchie entre biens nécessaires et biens supérieurs forment un projet de société qui différencie le projet démocratique

des autres projets, en fait non seulement un projet de société mais un projet de civilisation."

Fédérer l’Europe:

"l’urgence est de construire les instruments d’une action politique capable d’imposer et non de subir l’ordre du monde."

"Une politique profonde et sérieuse de fédération des nations moyennes permettra seule la construction d’un monde équilibré, où les grands enjeux politiques pourront enfin être abordés par le concert des nations."

 

Néo-conservatisme:

"Le néoconservatisme considère l’opinion comme une masse à séduire, en mobilisant le cynisme des spin doctors, et tous ses zélateurs applaudissent lorsqu’on a réussi à mobiliser les réflexes qui la mettent en mouvement. Le mouvement démocratique la regarde comme un lieu de conscience en qui il convient d’investir de la confiance et de l’éducation."

"Le néo-conservatisme regarde les impératifs économiques et financiers comme premiers, considérant qu’il y a, dans le monde, des affaires à faire et que ces intérêts priment sur toute autre considération"

Socialisme:

"Le projet démocrate est gravement en contraste et en opposition avec le projet socialiste. C’est vrai d’abord sur la place de l’État et l’assimilation de l’État à la fonction publique."

Résister:

"On n’est jamais obligé de céder à l’inéluctable, car l’inéluctable n’est tel que par notre pusillanimité."

 

Commentaire

Du centre au projet démocrate: texte intégral

Photo: Anh. sur Flickr