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Il n’y a qu’un bon mode de scrutin, celui qui vous fait élire

En 2003, Jean-Pierre Raffarin, Premier Ministre, faisait adopter une modification du mode de scrutin pour les élections régionales. Un an avant les dites élections… L’objectif était alors de réduire l’influence du Front National et, ainsi, de permettre à l’UMP de conserver "ses" régions, voire d’en gagner de nouvelles. On institua donc un système proportionnel à deux tours permettant aux listes de fusinonner entre les deux tours et donnant un avantage à la liste arrivée en tête (qui se voit attribuer un quart des sièges).
Et en 2004, les Français votent. Ils placent en tête les listes du parti socialiste… "Oups", se dit Raffarin. Le mode de scrutin et les alliances entre listes de gauche entre les deux tours amplifient encore cette vague rose et toutes les régions (sauf une, l’Alsace) passent ainsi à gauche.
En 2008, l’UMP vient de se prendre une déculottée sévère aux municipales et se rend compte qu’elle n’a aucune chance de reprendre la moindre région à la gauche aux prochaines régionales (2010) avec la fameuse "machine à gagner" inventée par Raffarin. Le premier ministre, François Fillon glisse donc une petite phrase en fin d’une interview pour préparer gentiment les esprit à un changement probable de la règle du jeu:
"le gouvernement souhaite un débat sur le mode de scrutin pour les régionales. A titre personnel, ma préférence va pour la proportionnelle à un tour, et non à deux, comme actuellement." F. Fillon - L’Express 25/03/2008
Roger Karoutchi, en brave petit soldat de l’UMP, explique que "le scrutin actuel est inique, injuste et très complexe" (Le Figaro - 28/03/2008). C’est drôle mais je suis à peu près certain qu’il défendait une position résolument contraire en 2003! Sacré Roger! Et dire qu’il pourrait être tête de liste UMP aux dites élections régionales en Ile de France. Décidément, l’UMP, en ce moment, c’est un véritable élevage de champions!
Le plus drôle, c’est que même Raffarin critique sa propre réforme:
"Le scrutin actuel est mauvais dans la mesure où on est dans une logique de parti unique (sic!) : on n’a plus de réserve de voix pour le second tour, on l’a d’ailleurs souvent constaté aux municipales cette année." Jean-Pierre Raffarin - Le Figaro 28/03/2008
On se dirige donc tout droit vers un scrutin proportionnel à un tour avec une bonne grosse prime à la liste arrivée en tête. Bref, le plus gros parti est assuré de gagner les élections. Comme aujourd’hui l’UMP pèse plus que le PS, la nouvelle "machine à gagner" devrait permettre au parti sarkoziste de regagner plusieurs régions. Et accessoirement, le nouveau mode de scrutin pourrait se révéler utile pour limiter les ambitions électorales du Mouvement Démocrate: avec un tel mode de scrutin, il faut "voter utile". Pas voter pour ses convictions.
Une fois réglé le problème des régionales, il ne restera plus au gouvernement qu’à nous faire un petit redécoupage des circonscriptions électorales en vue des législatives de 2013… Cela parait bien lointain. Pourtant, discrètement, François Fillon vient de faire entrer dans son gouvernement Alain Marleix (un spécialiste de la carte électorale) en tant que secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités Territoriales… En 1986, Charles Pasqua (ministre de l’Intérieur de Chirac) avait déjà charcuté la carte électorale à l’avantage du RPR. Alain Marleix était alors conseiller auprès du ministre de l’Intérieur… On ne change pas une équipe qui gagne!
C’est étonnant mais on entend rarement les mots "démocratie" et "pluralisme" chez les "spécialistes de la carte électorale"…
En 1951 déjà, les partis au pouvoir votèrent une nouvelle loi électorale, la "loi des apparentements" dont l’objectif était d’empêcher les communistes et les gaullistes d’accéder au pouvoir. Ce dispositif était très efficace. Et il fonctionna à merveille. Jusqu’à tuer la IVème République!
Photo: Fabbriciuse sur Flickr






